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Rencontre avec Gilles Gueraz - Première interview pour OqP
Première question (importante quand même) : Comment ça va ?
Ça va plutôt pas mal, merci.
Pour les lecteurs qui ne te connaissent pas encore ... est-ce que tu peux te présenter un peu stp !
Bien sûr. Je m’appelle Gilles Guerraz, j’ai 33 ans cette année, et j’aimerais bien passer de statut de réalisateur amateur à celui de réalisateur professionnel. Je suis vénal, c’est mal, je sais.
Est-ce que tu as fait des études liées au cinéma / à l’image ?
Pas du tout. J’ai un bac littéraire, une demi-maîtise de japonais et je bosse dans l’informatique. Un parcours ordinaire quoi…
Ton dernier choc ciné ?
Cette dernière année, plusieurs films m’ont bien scotché. Tout d’abord, je crois que « Les Fils de l’homme » d’Alfonso Cuarron, que j’ai vu il y a environ un an, m’a collé une énorme baffe. Ce film recèle d’une intensité que je rencontre extrêmement rarement au cinéma.
« La vie des autres » de Florian Henckel von Donnersmarck, m’a également beaucoup marqué. Une histoire simple, forte, politique, portée par de très grands acteurs, dont le principal s’est éteint beaucoup trop tôt, au milieu de l’été.
Enfin, je garde un excellent souvenir de Transformers de Michael Bay.Nan, j’déconne. Je voulais dire que je garde un excellent souvenir de « The Prestige » de Christopher Nolan, véritable film de conteur, intrigant, mystérieux et en un seul mot : passionnant.
Les films qui t’ont le plus marqué / réalisateurs qui t’influencent le plus ?
Les plus cinéphages d’entre nous ingurgitent un tel nombre de film depuis l’enfance qu’il est toujours difficile d’isoler les films les plus marquants.
Chronologiquement, je dois mes premières influences cinématographiques à mes parents. Peu amateurs de cinéma français, c’est eux qui m’ont collé devant une vieille VHS du « Magicien d’Oz », les plus grands succès d’Alfred Hitchcock, quelques vieux westerns de John Ford, un peu de Sam Peckinpah, et les films issus du « Nouvel Hollywood », à savoir les Scorsese, les Coppola, les Friedkin et compagnie.
Durant cette période, j’ai eu quelques énormes chocs, dont le plus mémorable restera sans doute les deux premiers épisodes du « Parrain ». Coppola a réussi à mes yeux deux fois le film parfait. Autant un témoignage historico sociologique du crime organisé au sein de la communauté italo américaine new yorkaise d’après guerre, qu’une véritable fresque romanesque qui s’étale sur trois générations dans une atmosphère de puissante tragédie, ces deux premiers épisodes sont un véritable monument cinématographique. La lumière picturale de Gordon Willis, la musique inoubliable de Nino Rota, le casting ahurissant (Brando, Pacino, De Niro, Caan, Duvall, Cazale, Keaton, Shire, Lee Strasberg lui-même…) , la réalisation inspirée, le montage, tout est irréprochable.
Voilà l’idée que je me fais d’un chef d’oeuvre.
Sinon, parmi les « influenceurs » reconnus, je citerai pêle mêle : Alfred Hitchcock pour sa science de la narration et du cadre, Sergio Leone pour son esthétique du rythme (les moments d’attente avant la tempête de ses films sont fabuleux), John Woo période hong kongaise pour son esthétique de la violence, Darren Aronofsky pour tout ce qu’il fait, David Fincher pour sa virtuosité technique, Clint Eastwood pour son efficience de tournage et sa direction d’acteurs, Quentin Tarantino pour sa recherche d’excellence dans l’épate, Woody Allen pour sa science du dialogue, David Lynch pour sa narration iconoclaste et la formidable utilisation du son qu’il fait dans ses films, et j’en oublie trop…
- Comment est-ce que tu t’es lancé dans la réalisation ?J’avais acheté un petit caméscope DV en juillet 2003, réalisant ainsi un vieux rêve de gosse : avoir une camera. J’ai commencé par filmer des trucs incroyablement inintéressants (la vue depuis mon balcon, des potes en bagnole, des repas de famille,…) jusqu’au jour où un de mes amis (Samy, si tu nous lis) me parle d’un concours de court-métrages organisé par Sega.Le thème était « La manipulation des médias ». Je me lance alors à corps perdu dans l’écriture d’un semblant de scénario (que je remanie 72 fois avant, pendant et après le tournage), je rédige un ersatz de découpage technique, je réquisitionne deux potes et hop ! C’était parti.J’ai commis un nombre incalculable d’erreurs, dont j’ai beaucoup appris.
Qu’est-ce qui t’inspire dans la vie de tous les jours ?
La musique. J’ai énormément d’images qui me viennent lorsque j’écoute de la musique électro trip hop. J’aime ces ambiances lourdes, parfois irréelles, esthétiques.De manière plus évidente, le cinéma m’inspire beaucoup. La photo aussi, parfois…
La plus grande qualité d’un réalisateur ?
Du haut de ma petite expérience, je crois que l’une des qualités essentielles d’un bon réalisateur est de comprendre le caractère collaboratif de son art. C’est ce qui pousse à s’entourer d’excellents collaborateurs, dont chacun aura à coeur de tirer un projet vers le haut.
La difficulté est alors de savoir écouter, d’accepter les très bonnes idées des autres, tout en sachant affirmer sa propre vision qui, au final, doit primer.
Le pire défaut ?
Croire que le réalisateur est le seul et unique dépositaire de l’identité d’un film.
Un conseil à donner à quelqu’un qui se voudrait se lancer dans la réalisation ?
Ne fais pas ça !!! Blague à part, je crois que tous les vidéastes visent des objectifs différents. Certains veulent en faire un passe-temps, d’autres un métier. Certains pastichent les films connus dans la joie et la bonne humeur, d’autres aspirent à des créations plus personnelles. Les conseils qui seront pertinents pour les uns ne le seront pas nécessairement pour les autres…
Mais à un réalisateur qui voudrait se lancer dans la réalisation pour en faire son métier, je conseillerais plusieurs choses.
Tout d’abord, FAIRE. Un réalisateur, ça réalise.
Si l’on passe le temps à rêver des films que l’on pourrait faire au lieu d’essayer de les faire, alors on perd son temps.
Et je sais de quoi je parle, ça m’arrive régulièrement ;-)
Ensuite, ne pas avoir peur d’essayer, de tester des choses inhabituelles ou nouvelles pour soi.
Après, je crois qu’il est bon de se frotter à TOUTES les étapes de la vie d’un film, et de déléguer le moins possible, du moins au début. C’est une très grande source d’apprentissage. Si l’on délègue trop tôt, on risque de se retrouver un jour parachuté à la tête d’un gros projet sans savoir tenir une camera, faire un raccord son ou image, ou différencier une mandarine d’une blonde…
Après, il ne faut pas craindre de diffuser ses films sur Internet, recueillir les avis des internautes avec autant d’humilité que faire se peut, et si les critiques sont encourageantes, ne pas hésiter à proposer son travail à des festivals. C’est à ce moment là, je crois, que l’on construit psychologiquement son identité de réalisateur. On ne le devient pas du jour au lendemain.
Enfin, il faut être actif et patient à la fois, ce qui peut parfois être contradictoire.
Meilleur souvenir lié aux courts : tournage / festival / etc...
Je garde plein d’excellents souvenirs de mes tournages ou des festivals, mais j’ai une tendresse particulière pour la diffusion de « Loop » dans un festival parisien, en février 2006. La salle a réagi avec enthousiasme dès le début de la projection. En tant que réalisateur, on est alors spectateur des réactions du public. C’est quelque chose de très particulier, qui peut se révéler euphorisant ou déprimant selon les cas. Et cette fois ci a été particulièrement grisante.
Tu nous parles un peu plus du collectif dont tu fais partie ?
Je fais partie des « Filmistes Associés », collectif de réalisateurs amateurs sur le chemin glissant de la professionnalisation. Nous nous réunissons régulièrement pour définir des thèmes à partir desquels chacun doit réaliser un film de 3mn. Le concept a évolué récemment. Au départ, il s’agissait de réaliser un film d’une minute tous les mois.
Maintenant, c’est un film de 3mn chaque trimestre.
Ce format laisse un peu plus d’espace pour la narration, et permet de peaufiner davantage le travail, tant au niveau de l’écriture, que la post-production.
N’hésitez pas à aller voir le site des Filmistes, toutes nos vidéos y sont en ligne.
Les projets à venir (un avant goût pour nos lecteurs) ?
J’ai un video clip dans les cartons, un scénario de court métrage en attente de financement et une nouvelle filmisterie.
Le projet secret (inavouable) ?
J’ai très envie de réaliser un jour un grand (soyons ambitieux) film de gangsters, ample, génereux, intense, dramatique. Il y aurait d’excellents acteurs, de grandes séquences de jeu, de grosses scènes de fusillade, … Ah… j’ai hâte…
Le film que tu ne ferais pas à aucun prix ?
J’aurais l’impression de baisser mon pantalon, vendre mon âme au diable et de me griller à tout jamais dans la profession si je devais réaliser une comédie ras-du-plancher avec Cauet ou un autre type de la télé…- Un film de la scène amateur que tu conseilles à nos lecteurs ?
- J’en conseillerais bien plusieurs. Tout d’abord « Le Bonheur est en Promo » de mon pote Armz. Armz est un maniaque de la qualité, un psychopathe du détail et un très bon réalisateur.
Je conseillerais aussi « Indemne » de Smoothless, film de baston au montage assez sidérant.
Allez voir également « A vous de voir » de Gildas Le Goff avec Aurèle et Matthieu Dahan, qu’on voit de plus en plus dans des pubs télé actuellement.
Je recommande également les vidéos de mon pote Toma Zino. J’ai une tendresse particulière pour « Putain », « Tapez 1 » et « Les filles se cachent pour vomir ».
Quelqu’un que tu veux remercier ?
J’ai envie de remercier un tas de personnes, ça me fera répéter mon discours pour les Oscars 2018, HaHa.
Alors, je remercie mes parents qui m’ont donné goût au cinéma, je remercie mon pote Samy de m’avoir aiguillé sur la piste de la fiction, je remercie Vincent Londez, Célia Pilastre, Anthony Le Foll d’avoir croisé ma route et de la poursuivre avec moi, je remercie tous les potes qui me donnent régulièrement des coup de main sur les tournages, je remercie Robert De Niro d’avoir été aussi prodigieux dans sa jeunesse, je remercie la technologie de mon époque de me permettre de concevoir un film de A à Z sur mon ordinateur asthmatique, je remercie Internet de diffuser toutes mes vidéos, je remercie les lecteurs et lectrices de mon blog, je remercie mon amoureuse de me soutenir dans mes projets, je remercie mon patron pour sa compréhension, je remercie Brian de Palma pour la séquence de la gare dans les « Incorruptibles » et John Williams pour la bande originale de « Superman », et je remercie d’avance les producteurs téméraires qui me confieront beaucoup d’argent pour mener à bien un projet de réalisation.
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